Voici la dernière manifestation intertextuelle de K6A, un collectif de rap québécois qui comprend notamment certains membres d’Alaclair Ensemble (Maybe Watson, KenLo), qui est derrière notamment les Word Up Battles (FiligraNn l’organisateur et les habitués Jamaï & P-Dox). À la manière dont Gus Van Sant reprenait plan par plan le Psycho (1960) d’Hitchcock — en y ajoutant de la couleur et quelques plans —, les réalisateurs du clip Baz et Prince OG et le groupe K6A reprennent le clip « Protect Your Neck » du Wu-Tang Clan. Ce vidéo montre les deux clips l’un à côté de l’autre, montrant la prouesse technique de la réalisation et du jeu des rappeurs.

L’hommage est évident, les rappeurs ayant été jusqu’à imiter les mimiques et le flow de leurs homologues. Certains MC’s se surnomment pour l’occasion en hommage aux rappeurs du Wu. Ainsi, Maybe Watson se renomme « Le vieux dégueux Watson » pour faire écho à feu-Ol’ Dirty Bastard.

Évidemment, même si la deuxième version est « à l’identique » de la première, il ne s’agit pas de la même œuvre. La réflexion la plus connue sur ce type de deuxième oeuvre à l’identique est sans doute celle de Jorge Luis Borges, avec sa nouvelle Pierre Ménard, auteur du Quichotte. Celle-ci raconte l’histoire d’un homme qui voulait refaire L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Cervantes. Je n’en parlerai pas ici car je ne l’ai pas lue, mais je vous y renvoie si la question vous intéresse.

Dans ce cas-ci, la connaissance de l’oeuvre des rappeurs québécois nous permet un peu mieux de contextualiser le clip. La mise en évidence des clichés du rap par l’exagération de ceux-ci est un lieu commun pour certains membres du K6A. Avec quelques phrases absurdes dans les paroles, c’est l’absurdité d’utiliser les clichés du rap américain des années 1990 dans le rap québécois des années 2010 que ce clip souligne. Et il faut savoir que ces clichés, bien que rares, sont toujours utilisés « au premier degré ».

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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