La valeur instrumentale de l’éducation et de la culture

Normand Baillargeon, sur son blogue, s’inscrit dans la réflexion sur la gauche et la droite que la société entreprend actuellement, où cette distinction est parfois vue comme dépassée. Baillargeon propose que la gauche réaffirme plus clairement sa position, notamment sur le rôle de l’économie dans la société, parce qu’en ce moment, elle se contente de réactions par rapport à des propositions de droite, réactions qui ne l’avantagent pas parce qu’elle ne prend pas les mêmes éléments comme barèmes de ce qui est fondamental.

Il donne pour conclure son article l’exemple de l’éducation et de la culture.

Dans une vision de gauche ils ont valeur intrinsèque. Certes,  cela ne signifie pas qu’on pense qu’ils sont gratuits ou qu’on méconnaisse les contraintes économiques qui pèsent sur leur dispensation: mais cela colore fortement le rapport qu’ils entretiennent avec l’économie, qui est instrumentale pour eux. On pense ainsi éducation et culture dans une logique de proposition d’une offre et non de réponse à une demande (souvent donné comme incontournable parce qu’émanant de l’économie). Tout cela interdit de soucrire à l’idée que l’on nous sert parfois et voulant que, disons, puisque la CAQ se péoccupe [sic] d’éducation, il est sur ce plan de gauche: c’est que  justement l’éducation qu’il a en tête est, dans une importante mesure, une éducation instrumentale pour l’économie.

L’économie est souvent, pour la droite, ce qui détermine l’importance d’une chose pour la société, alors que la gauche a souvent d’autres priorités. Pour que la gauche puisse s’affirmer, il faut dont qu’elle mette en place ses règles du jeu plutôt que de se laisser embarquer dans la stratégie de la droite.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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4 commentaires

  1. « On pense ainsi éducation et culture dans une logique de proposition d’une offre et non de réponse à une demande (souvent donné comme incontournable parce qu’émanant de l’économie). »

    Excellent passage. Même si je m’estime généralement à droite du centre politique québécois, je suis définitivement à gauche de ce point de vue. La rencontre de l’offre et de la demande ne doit pas être purement réactive; c’est là qu’on perd le sens des valeurs pour ne devenir que des instruments d’une grosse machine inhumaine. Là où la gauche me semble déficiente est dans sa volonté d’imposer cette offre plutôt que de la confronter aux offres alternatives. En fin de compte, si les gens préfèrent vraiment les pires choses, sommes-nous légitimes de leur donner tort?

  2. Je ne crois pas que la gauche ne veuille pas confronter. Au contraire, elle affirme clairement que ses valeurs sont l’éducation et la culture non-instrumentales à l’économie: on peut, oui, en discuter, mais la question est que la gauche tend à voir ceci comme ses valeurs. Ce n’est pas qu’elle ne veuille pas en discuter, c’est qu’elle a un point de vue fort là-dessus qui, lorsque discutable, ne peut pas être pensé en termes économiques. La droite, elle, ne veut pas non plus discuter, sauf en termes économiques.

  3. Oh, je me suis mal exprimé! Je ne voulais pas dire que les gauchistes, en tant qu’individus, sont moins disposés à discuter de leurs positions que les droitistes. Je voulais dire que les politiques gauchistes sont généralement monopolistes. Soit elles interdisent les autres acteurs sociaux de faire compétition à leur offre, soit elles se donnent des avantages insurmontables. J’imagine que c’est cohérent si on pousse à fond l’idée que l’offre crée la demande, et donc qu’il faille interdire ou limiter certaines offres que l’on estime de moindre valeur, mais je ne suis pas d’accord d’aller jusque là. Je suis d’accord qu’il faille créer une offre qui suscitera une demande correspondante – et donc qu’il ne faut pas se limiter à répondre bêtement aux demandes actuelles – mais l’idée même d’empêcher certaines offres de se manifester dans la société a quelque chose de dangereusement autoritaire. Ce danger se révèle avec la proposition récente de Québec Solidaire d’interdire la publicité commerciale pour la remplacer par de « l’information citoyenne » (dont la qualification dépendra certainement d’une évaluation par des fonctionnaires)….

  4. « Soit elles interdisent les autres acteurs sociaux de faire compétition à leur offre, soit elles se donnent des avantages insurmontables. »

    C’est ici que je ne saisis pas bien ce que tu veux dire. Offrir l’éducation accessible et subventionner la culture n’implique pas de limiter les autres offres. Il n’y a rien d’autoritaire à mon sens à avoir des universités à moindre coût et de financer une certaine production culturelle. Bien que je sois en désaccord avec l’interdiction de la publicité (ce serait à peu près impossible de toute façon à appliquer – et je crois que QS proposait de le faire dans des endroits spécifiques), je ne vois pas tout à fait quel est le lien que tu fais entre les deux.

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