Sur le sexisme de François Legault

François Legault, chef du parti de droite Coalition Avenir Québec, affirmait sur Twitter récemment que le salaire est moins important pour les femmes que pour les hommes. En soi, c’est peut-être vrai en moyenne. Le problème, c’est qu’il affirmait ceci dans le contexte où il souhaitait augmenter les salaires des enseignants, pour attirer les hommes dans la profession. Pour moi, ce qui me semble sexiste, n’est pas de dire si oui ou non les femmes veulent un bon salaire: c’est de vouloir changer les choses non pas pour que la profession ait un salaire juste, mais pour attirer les hommes.

Avec Sylvain, qui trouvait que Legault n’était pas sexiste à énoncer un fait, nous avons discuté longuement autant que faire se peut sur Facebook. Nous avons discuté du concept d’inégalité, qui pour moi ne s’applique qu’aux droits. Pour lui, on peut parler d’inégalité de faits: par exemple, le fait qu’il y a davantage d’hommes qui sont pompiers est une inégalité de fait. Si on accepte cette définition d’inégalité de fait, je ne trouve pas que ce soit problématique en soi.

Voici ce que j’écrivais (je tronque un peu):

C’est que, comme je le répète depuis le début, je ne réfère uniquement qu’aux inégalités de droit. Le concept d’inégalité de fait n’a absolument aucun sens pour moi, puisque chaque personne est un individu unique dont le sexe n’est pas un critère fondamental (ou, du moins, il l’est à quelque chose autour de 1/23). Le fait que le salaire des enseignements [sic] soit moins élevé me semble problématique non pas parce que les femmes acceptent en général un moins bon salaire, ce qui me semble aberrant, c’est qu’on puisse avoir un salaire moindre à travail, risque, difficulté, etc., équivalents. Que ce soit historiquement basé sur le sexe est tout aussi aberrant, de la même manière qu’un ouvrier est moins bien payé parce qu’historiquement il entrait en concurrence avec l’esclavage est aussi aberrant pour moi. Ce que je trouve problématique avec la phrase de Legault, c’est qu’il dit ça dans le contexte où il veut augmenter le salaire pour attirer les hommes […] : c’est dire que ce n’était pas important d’augmenter les salaires des enseignants lorsqu’il ne s’agissait que de femmes qui occupaient ces postes. C’est n’accorder aucune importance aux droits des individus, mais croire que le marché est ce qui devrait régir les salaires des enseignants. C’est ça qui, pour moi, est inacceptable. Ne se soucier d’augmenter un salaire que lorsqu’il s’agit des hommes.

Ça a pris une quarantaine de commentaires pour en arriver à ce que j’écrive ce paragraphe, je trouvais dommage de ne pas l’inscrire quelque part d’un peu plus tangible!

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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