Je n’ai écouté d’album de Suprême NTM (ou seulement NTM) que leur album éponyme, Suprême NTM (Epic, 1998). J’ai toujours été plus Marseille que Paris. Je n’ai jamais trop aimé le verlan, très caractéristique du rap des banlieues parisiennes. Peut-être parce que ça m’apparaissait comme une manière simple de faire des rimes. Cela dit, c’est en réalité plus complexe.

Suprême NTM

On dit souvent que pour comprendre le verlan, il faut déchiffrer le mot entendu en l’inversant correctement avant de comprendre le sens. En entendant « meuf » ou « keuf », il faut inverser le son (et parfois faire preuve d’un peu d’imagination) pour comprendre « femme » ou « flic ». Or, dans son article « The Quadrilingual Vocabulary of French Rap », Skye Paine montre bien comment il s’agit en fait d’un double déchiffrage.

Il faut effectivement d’abord être en mesure de décoder le mot qui a été inversé. « Scar-la » donne « lascar », ou « ton-ba » donne « bâton ». Parfois, l’inversion peut être simple. Mais il s’agit ensuite dans plusieurs cas de comprendre ce que le mot une fois inversé veut dire dans le contexte dans lequel il est énoncé. Les rappeurs utilisent des expressions et accordent des sens à des mots qui ne sont pas nécessairement accessibles aux non-initiés.

Paine donne un exemple sur « C’est arrivé près d’chez toi »:

Take for example the following NTM lyric: “prêt à se péta pour des scalpas” (“C’est arrivé près d’chez toi”). First one must know to convert péta into taper and scalpas into pascals. Then you must speak argot well enough to know that se taper means (in this case) “to fight” and that pascals refers to the now defunct 500 Francs bill. The double coding creates a barrier between those who understand and the rest of the listeners who must translate and then translate again (Paine 2012, p. 61).

Je me souviens que les accents marseillais de plusieurs rappeurs rendaient plusieurs mots incompréhensibles. Le verlan est une autre barrière à la compréhension. Bien souvent, ce qui fait accrocher aux mots en premier lieu, c’est le flow davantage que le sens.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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