Imputabilité, pape et démocratie directe

Dans sa chronique du 11 mars dernier, Pierre Foglia met en parallèle le système papal catholique avec l’Islam, qui n’a pas d’équivalent du pape. Sa réflexion est rapide et sans prétention, mais elle me semble éclairante sur bien des aspects. Et c’est notamment ce qui me tracasse avec la démocratie directe telle qu’elle est pratiquée dans les assemblées générales étudiantes. Mon opinion n’est pas encore tout à fait fixée quant à cette idée, mais il me semblait juste d’en discuter ici.

Si les musulmans avaient un pape, au moins, on dirait que c’est la faute de leur putain de pape au lieu de dire comme en ce moment: c’est la faute des musulmans.

Avoir un individu à la tête d’un État, d’une organisation, d’une coalition, permet une imputabilité, une responsabilité.

Si, peu importe la décision qui est prise en assemblée générale, tout un chacun peut se replier sur la faute de la collectivité, il n’y a jamais de responsable, toujours un échappatoire. Lorsqu’on critique une décision, les porte-parole comme les membres d’une association étudiante peuvent toujours se rabattre sur le collectif. Ainsi, la décision individuelle peut être prise sans que les conséquences de celles-ci ne soient véritablement pesées, car l’individu qui vote n’est pas personnellement responsable de ce qui en découlera. Bien sûr, il subira certaines de ses conséquences mais celles-ci restent bien théoriques avant le vote.

Tandis que lorsqu’un individu a une idée, une opinion, une conviction, et la porte devant une assemblée pour s’en revendiquer, pour affirmer son importance et sa pertinence, jusqu’à assumer les responsabilités de son succès ou de son échec, il y a très certainement une différence. La responsabilité et l’imputabilité deviennent entre les mains d’un individu qui a tout intérêt à faire en sorte que ça marche, avant, pendant et après le processus de prise de décision. Le vote de chaque individu devient un vote de confiance davantage qu’un vote décisionnel. On évite aussi bien évidemment les contradictions entre différentes propositions.

C’est fort probablement l’élément que je trouve le plus pertinent au capitalisme: le fait que chaque individu veille à ses propres intérêts rend la poursuite d’une société juste et heureuse l’intérêt de tous. Dans la pensée d’Adam Smith, la poursuite pour chacun de son propre intérêt devient garant cet intérêt collectif. Ce qui me semble le problème du capitalisme, c’est que l’intérêt de chacun ne mène pas toujours à l’intérêt de la société. Mais lorsque l’intérêt personnel d’un individu est en jeu, c’est ce qui me semble le plus grand moteur à son action et qui crée une action réellement signifiante.

Cela dit, pour revenir au pape, le problème est qu’il n’y a pas de moyen de s’en défaire. Problème tout aussi présent pour les chefs de parti, voire pour les gouvernements en place avec un mandat majoritaire.

Pour entre autres ces raisons, je suis de moins en moins convaincu par la démocratie directe et suis a priori plus intéressé par la démocratie représentative.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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