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Une insulte aux pères, les faux ennemis du féminisme

Un éditorial de Josée Boileau publié récemment dans Le Devoir faisait un portrait de la femme contemporaine, déchirée entre vie familiale et vie professionnelle. À travers ce portrait déplorant une situation où la femme a la plupart des tâches domestiques en plus de son emploi, c’est le portrait de l’homme qui m’apparaît le plus déplorable et le plus insultant.

Dans la situation où les heures de temps libre de la mère se verraient constamment réduits, le père n’existe tout simplement pas. Il n’a aucun sacrifice à faire: avoir un enfant ne lui apporte évidemment aucun inconvénient, uniquement les bons côtés de la paternité. Il a conservé tous les avantages de son rôle traditionnel (soit ne rien faire dans la maison) en plus de pouvoir profiter de la vie de parent.

Papa, dans ce décor, est inexistant. On ne l’interpelle guère et il peut, lui, garder un emploi à temps plein, avec tous les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent. Avec un atout en plus par rapport aux générations de pères d’avant : il a découvert le plaisir d’avoir des enfants. Mais les sacrifices qui viennent avec restent toujours du côté de maman (je souligne).

Ce portrait peu flatteur de l’homme m’apparaît immensément problématique. Aucun autre groupe social que l’homme n’accepterait qu’on postule des généralités grossières, insultantes et aussi peu nuancées. Les sacrifices, ce sont toujours les mères qui les font. Pas « en majorité ». Pas « en forte majorité ». Pas « en immense majorité ». Toujours.

Cela dit, je suis à peu près d’accord avec sa conclusion, sans en partager les prémisses. Il faudrait pouvoir trouver des solutions systémiques pour régler cette situation. L’un des exemples:

Redistribuer le congé parental pour qu’une partie soit prise par le père seul est une piste à explorer, comme le font déjà des pays nordiques.

C’est déjà en partie le cas. Le Régime québécois d’assurances parentales (RQAP) réserve des congés au père. Par exemple, pour le régime de base, une partie du congé est réservé à la mère (18 semaines), une autre partie du congé est réservée au père (5 semaines), puis le congé parental peut ajouter jusqu’à 32 semaines (7 à 70% du salaire et 25 à 55% du salaire). Le tableau de base d’un salarié n’indique pas ce qui arrive dans une situation d’homoparentalité.

Mais là n’est pas le problème. Ce n’est pas l’attachement à son rôle de parent chez les pères qu’il faut éveiller. C’est la possibilité d’offrir plus de conciliation travail-famille pour les mères comme les pères. La possibilité pour chacun dans un couple d’avoir des emplois à temps partiel. Le temps est une richesse et j’ai l’impression que notre génération en a saisi toute l’importance.

Ne pourrait-il pas y avoir des mesures forçant des employeurs à embaucher à temps partiel? On me répond constamment que les entreprises sont désavantagées, car un employé, temps plein ou partiel, coûte un prix fixe notamment sur les avantages sociaux. C’est peut-être là-dessus que des mesures particulières devraient se pencher.

Le combat du féminisme ne devrait jamais se faire contre les pères. Encore moins contre tous les pères. Il devrait se faire pour les parents, peu importe leur sexe.

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3 Comments

  1. Philippe Dor

    Je suis toujours choqué de voir que, malheureusement, beaucoup de féministes sont encore en mode «guerre des sexes» plutôt que de réellement viser l’abolition du sexisme. C’est d’ailleurs pourquoi je ne me dis pas féministe mais, plutôt, antisexiste.

    Si on sortait, justement, des vieux paradigmes qui divisent les sexes, on pourrait trouver plus facilement des solutions plus éclairées. Par exemple, mettons de côté l’idée obsolète qui veut que la parentalité soit avant tout le devoir de la mère. Moi je me dis qu’on devrait permettre aux parents de se répartir entre eux leur congé parental comme ils le veulent indépendamment de leur sexe. C’est juste le congé de grossesse qui devrait être exclusif à la mère. Et, si on baissait le temps plein à 32h plutôt que 40h, chacun pourrait consacrer plus de temps à ses enfants.

  2. Guillaume Messier

    Tout à fait d’accord sur le fait que cet article semble mettre tout les hommes dans le même panier . Il semblerait que nous soyons tous des profiteurs qui veulent un bon emploi et après le travail pouvoir jouir de la paternité quand ça nous tente. Sinon nous irons nous reposer pendant que la mère s’occupe des petits et de la maison. J’ai toujours dit que je souhaitais prendre la moitié du congé parental pour pouvoir m’occuper de mes enfants et partager les tâches de façon équitable.

    Petite erreur dans le texte. Le congé parental est de 32 semaines (7 à 70% et 25 à 55%) ou de 25 semaines à 75% et non seulement 7 semaines à 70%.

    Philippe, le gouvernement considère qu’une semaine à temps pleins est constitué de 30h ou plus. Le 40h est le nombre d’heures avant que le travail soit considéré comme du temps supplémentaire devant être payé à temps et demi. Le problème n’est donc pas dans les règles, mais dans les choix des employeurs de faire travailler ces employés, 30, 32, 35, 37.5, 40h ou même plus. Par exemple, moi je travail 35h semaine et non 40h.

  3. Simon Dor

    @Guillaume:

    Merci de la précision, en effet, je corrige dans le texte. Je n’ajouterai pas le régime particulier, c’était juste pour donner un exemple (mais il faudrait que cet exemple soit vrai!).

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