Tant de choses pertinentes sont écrites dans le dernier article de Paule Mackrous. Différentes choses que j’aurais voulu écrire et que je n’avais jamais vues regroupées dans un même texte.

Sur les démarches artistiques, d’abord. C’est-à-dire, sur l’idée que les démarches artistiques sont plus ou moins pertinentes pour expliquer une œuvre d’art, pour en expliquer l’expérience esthétique.

Mais, au fond, ce qui me dérange dans la démarche artistique, c’est sa normalisation et, par ricochet, son uniformisation : oui, il existe des manuels pour écrire des démarches artistiques.

Mais, comme elle l’indique, la démarche artistique réconforte: plutôt que de vivre une expérience personnelle, on peut s’assurer de vivre la « bonne » expérience.

Un livre qui explique aux artistes comment rédiger une bonne démarche artistique [source].
Un livre qui explique aux artistes comment rédiger une bonne démarche artistique [source].

Le parallèle qu’elle fait avec le monde universitaire est intéressant. « Je juxtapose des textes, mais aussi des images, des vidéos, des sons. Ce sont ces rencontres qui me font réfléchir et non l’inverse. » Approcher un objet culturel avec en tête des réflexions préétablies ne rend pas justice à ce que l’expérience de l’objet peut nous procurer. L’idée de partir de l’expérience de l’objet avec ce que Lyotard appelerait un « jugement indéterminé » me semble fructueuse, bien qu’en partie utopique. Reste que, faire l’expérience de l’œuvre d’art avec d’avance une théorie préétablie, c’est manquer l’expérience particulière que cette œuvre peut nous procurer et qui doit faire partie du travail de recherche en arts.

Mais ce qui m’a peut-être le plus touché, c’est ce qui émerge en conclusion, soit l’idée que, comme chercheurs, on doive le plus souvent être en train de se justifier. Justifier la pertinence de notre approche, de notre travail, de nos subventions.

Se justifier, c’est s’enraciner dans la culpabilité. C’est vivre dans l’autocritique presque permanente. Ça comporte aussi l’obligation de la cohérence. Et être toujours cohérent, c’est tellement contreproductif quand on y pense.

S’enraciner dans la culpabilité. Il me semble que c’est trop souvent ce que je ressens.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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2 commentaires

  1. Heureuse que mon texte ait pu te rejoindre ainsi… 🙂 J’apprécie vraiment tes commentaires qui relancent à nouveau ma propre réflexion!!! À bientôt!

  2. Je me dis souvent en lisant des textes pertinents que je pourrais les commenter brièvement, mais j’ai parfois l’impression de ne pas y ajouter grand-chose. Content de lire que même des apports modestes peuvent être positifs!

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