Alex Gagnon sur la disparition des intellectuels

Sur Littéraires après tout, Alex Gagnon propose une réflexion très pertinente sur la disparition des intellectuels dans l’espace public, voire sur le mépris qui entoure leur travail de nos jours.

L’auteur rappelle la pensée de Michel Foucault sur la question de la spécialisation de la pensée, allant depuis probablement Jean-Paul Sartre au-delà d’une pensée générale pour se centrer sur des problèmes spécifiques, disciplinaires, et donc compartimentés d’une manière qui elle-même est (ou devrait être) un problème sur lequel il faut parfois se centrer.

Je cite un extrait de sa conclusion:

La critique systématique et sans nuance de toutes les formes d’autorité (sur telle ou telle question, par exemple, le ou la spécialiste a une autorité que je ne saurais avoir) nous conduit souvent, aujourd’hui, dans un piège: sous un prétexte parfois «égalitariste», qui est en fait un relativisme assez stupide, la parole, l’analyse ou l’opinion des spécialistes sont souvent ignorées, instrumentalisées voire même déconsidérées – et surtout, on le devine, autour des débats ou dans les secteurs du savoir où le sens commun se sent spontanément invité et investi d’une légitimité naturelle, qui est en fait souvent fausse et usurpée.

Gagnon rappelle que Foucault n’est pas contre cette spécialisation. Mais il reste que, suivant la pensée de Foucault (et ici c’est plutôt moi qui formule), la compartimentation de la pensée est une donnée qui forge la pensée elle-même et qui doit être négociée.

Être intellectuel et parler de jeu vidéo semble souvent nous discréditer pour entrer dans des discussions générales sur la pensée elle-même. Mais de nos jours, être du débat public, c’est bien souvent contraire au travail de l’intellectuel.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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