La santé mentale et le milieu universitaire

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La peur, c’est comme un brouillard immense… Elle prend possession de votre cerveau, le paralyse… Les sentiments authentiques, le vrai bonheur, la joie la plus délirante n’arrivent pas à percer ce brouillard.

Extrait de la version française de Defending Your Life (Albert Brooks, 1991), cité dans « Le chemin le moins fréquenté » de Cavaliers Noirs (1999)

J’hésite toujours à écrire sur des questions de santé mentale car j’ai tendance à me trouver un peu imposteur. J’imagine que ça fait partie de l’expérience du milieu universitaire lui-même que de réduire l’importance apparente de ce genre de problèmes.

Dans les dix dernières années — soit à peu près depuis que je suis père —, j’ai éprouvé des symptômes quelque part dans le spectre de l’angoisse et de l’anxiété. Cela va du trac relativement classique et isolé dans un court laps de temps jusqu’à des heures et des jours où je suis incommodé par des nausées, où je perds l’appétit, où mes mains tremblent, où je me réveille au milieu de la nuit sans pouvoir me rendormir.

J’ai eu envie d’écrire là-dessus aujourd’hui parce que je me suis réveillé encore une fois avec ces symptômes sans en comprendre véritablement les causes. Ce qui me rassure, c’est que ces effets arrivent la plupart du temps à des moments que je peux isoler et qui sont « intrinsèquement » anxiogènes.

Je pense aussi que, comme professeur d’université qui a « réussi » après les risques financiers et psychologiques d’un doctorat et par ailleurs privilégié d’avoir pu le faire, je trouve important de souligner que, non, cette réussite ne rend pas moins importants les symptômes — j’ai l’impression parfois que c’est le contraire.

Ça peut aller du trac avant un cours qui m’empêche de déjeuner et/ou dîner à l’insécurité à attendre en file pour passer la douane ou entrer dans un avion, en passant par la difficulté à rester dans une salle de spectacle ou de cinéma, à faire une entrevue radiophonique en direct; dans le pire des cas, à souper avec des collègues ou des amis au resto ou en visite.

Les pires effets sont sans doute la difficulté à respirer; j’en viens parfois à sentir des palpitations dans mon bras et à ne plus être en mesure d’écrire, de lire, encore moins bien sûr de m’occuper de mes enfants.

Cela dit, ma famille est probablement paradoxalement aussi mon réconfort. Je ne me sens jamais aussi bien qu’avec eux, tant que je n’essaie pas de penser au travail.

Je n’ai pas grand-chose à en dire de plus honnêtement. Je n’ai pas de conclusion qui me permettrait de synthétiser tout ça et de résoudre le problème. Je ne sais pas si je maintiens un problème classique aux doctorants et aux parents-étudiants.

Je pense que c’est assez ironique quelque part que j’utilise mon blogue pour en parler alors qu’il y a certainement une question d’image de soi qui entre en ligne de compte; j’ai peut-être créé un visage dont j’ai de la difficulté à me départir. Je pense qu’il va de soi que de déconstruire cette image passe par ici.

Je me souviens de m’être dit que je ne souhaitais pas que l’anxiété dirige ma vie, que je préférais vivre les effets désagréables que de les éviter, en particulier comme je suis malgré tout capable de fonctionner.

Image tirée de Discogs.


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