Les sources du savoir et l’intelligence artificielle

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Mon texte sur ChatGPT et sa vidéo TikTok correspondante a pas mal fait réagir, évidemment, et pour plein de bonnes raisons. Mais je veux juste clarifier une chose parce qu’on m’a reproché que je parlais beaucoup de la question du plagiat que je ne m’intéressais pas tant aux avancées de cette intelligence artificielle. C’est vrai. Mais la raison pour laquelle le plagiat, c’est important, ce n’est pas tant pour piéger les étudiants ou déterminer qui a triché ou qui n’a pas triché. Pour moi, l’important c’est que les étudiant-e-s comprennent que quand on crée une connaissance, elle n’existe pas dans un vase clos. Elle n’existe pas dans un vacuum; elle existe parce qu’elle est produite par quelqu’un quelque part dans un contexte particulier.

Et la science, son travail, c’est d’aller retracer cette connaissance là. Le travail scientifique, peut-être encore plus en sciences humaines, c’est d’être capable finalement de retrouver d’où viennent les idées qu’on utilise, d’où viennent les informations qu’on retrouve. Quand je demandais à ChatGPT, par exemple, «Qu’est ce que la postmodernité?», et que j’ai reçu une réponse complète mais efficace c’est bien, d’un côté. Mais d’un autre, c’est plus complexe parce qu’il y a des autrices et des auteurs qui en parlent de manières très différentes, qui ont des visions très différentes de la chose.

Et l’idée, si on veut comprendre le monde dans lequel on est, c’est de comprendre d’où vient ce qu’on produit comme connaissance, qui la produit, dans quelles circonstances, pour qu’on soit capable de retourner à la source et de faire dialoguer ces différentes sources. À partir du moment où on «neutralise» cette information, qu’on la présente comme étant neutre ou comme si elle était créée dans un vacuum, on oublie le fait que cette information a été créée par des gens à des moments précis, dans des contextes précis, et que ce sont ces œuvres qu’il faut consulter pour bien les comprendre et pour finalement faire avancer le savoir.

On dirait qu’à l’ère des memes, on a tendance à partager et à connaître sans comprendre la source derrière. Nombre de ressources qui donnent parfois d’excellents conseils par exemple en termes de santé mentale restent comme de vagues impressions dans notre mémoire d’un truc qu’on a lu quelque part. Être un travailleur du savoir, c’est connaître des choses, mais aussi et surtout connaître comment et pourquoi on connaît des choses.


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