La productivité, la ludification et le vedettariat des médias sociaux

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Un des éléments qui m’agace le plus dans la conception capitaliste du monde, c’est l’idée que tout ce qu’on fait doit être productif. On est constamment en train d’utiliser la productivité pour justifier certaines actions, même celles qui impliquent du repos.

Une application de méditation va insister sur la productivité gagnée à être zen, va compter le nombre de minutes totales de méditation jusqu’à me donner un niveau de maîtrise de compétences spécifiques. On a poussé le phénomène jusqu’à parler de ludification, comme si avoir un score était une caractéristique des jeux et non une caractéristique d’une économie de marché qui imprègne toute la société. L’éducation parle en termes de préparation à l’emploi plutôt que d’initiation à la vie en société.

J’aime écrire, j’aime jouer, j’aime faire de la musique (même si ça fait longtemps), et on dirait que tout doit se penser comme un éventuel moyen de faire de l’argent, de capitaliser son temps pour le rentabiliser. Je peux faire du rap à un niveau très mauvais, mais suffisant pour que j’ai envie de le faire encore pour moi. Je peux jouer à un jeu sans compter mes accomplissements, mon temps de jeu ou réduire ma to-do list. J’aimerais pouvoir écrire sans que soit pour publier, sans que ce soit pour le travail ou même pour être lu.

Dans la même mesure, j’aimerais être sur les médias sociaux sans en être une vedette, sans espérer créer du contenu qui révolutionne quelque chose ou qui devient viral. J’aimerais que ce puisse être une plateforme d’échange pour des quidams plutôt qu’une plateforme publicitaire pour des marques.

Peut-être que c’est entre autre ça qui entraîne des débats sur le temps d’écran chez les enfants: regarder des insipidités sur TikTok ou YouTube shorts ne leur permet pas de s’épanouir à leur maximum, d’optimiser leur éducation. Mais peut-être que c’est ce qu’on peut apprendre des enfants sur le jeu ou leur utilisation des tablettes et téléphones: on peut rester au degré zéro de productivité et avoir du plaisir. C’est peut-être quelque chose qu’il faut réapprendre comme adultes.



À propos de l’auteur

Simon Dor


2 réponses à “La productivité, la ludification et le vedettariat des médias sociaux”

  1. Avatar de Corinne Isasako

    J’aime beaucoup votre article ! Moi aussi j’ai envie de faire des choses dans que ce soit quantifié ou que ça rentre dans une case. Mais simplement parce que j’ai envie, que pour moi ça fait sens et c’est assez. J’adhère complètement au concept zéro productivité mais pur plaisir ! C’est, pour moi, la base du bonheur et de la réussite quelque part.

  2. Avatar de Simon Dor

    Merci! Je pense ironiquement que c’est une «compétence» essentielle à développer! Je sens que la télé, le web, les réseaux sociaux et même les jeux vidéo se sont accaparés quelque chose qui était nécessaire, soit le temps vide, ce qu’on appelait le temps libre. Revenir au «jeu» sans contraintes, c’est plus facile à dire qu’à faire mais c’est plus que jamais nécessaire je pense.

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Je suis professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue au centre de Montréal.


En libre accès en format numérique ou disponible à l’achat en format papier.


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