Blogue de Simon Dor, professeur en études vidéoludiques et médiatiques

Cultiver le désir, de jouer ou d’écrire

Pattie O'Green - Les prophéties de la montagne

Je l’ai déjà dit et le redit, je suis bien souvent touché, happé, inspiré, pris de résonance peut-être lorsque je lis ce qu’écrit Pattie O’Green (ou joue ce qu’elle crée). Je l’ai manquée de peu au Salon du livre cette année, même si je la croise depuis bientôt douze ans en ligne. Je songe sincèrement à refaire l’exercice d’écriture qu’elle m’avait inspiré il y a sept ans. Je pense que j’ai besoin ces temps-ci de cultiver mon désir d’écrire, mon désir de jouer, mon désir de faire l’expérience d’émotions plus que d’intellectualiser. J’ai tendance je pense à un peu trop prendre de distance avant d’écrire, alors que l’écriture me permet souvent, lorsque je réunis les bonnes conditions, d’aller chercher l’émotion que je vis.

En attendant de me lancer dans Les incorporelles, je me rappelle quelques lignes des Prophéties de la montagne, qui ont été centrales dans ma conception du désir, laquelle je souhaite mettre au cœur de mes recherches dans les prochaines années. J’aurai quelques jours pour vous en parler. Mais j’ai, justement, la nécessité de cultiver ce désir pour éviter qu’il soit cultivé par d’autres:

C’est puissant le désir, mais, quand le nôtre n’y est pas cultivé, c’est celui des autres qui vient s’y enraciner (O’Green 2023, p. 128).

O’Green ramène le désir à quelque chose comme de la curiosité à ses propres sensations, mais aussi à la force de les assumer, quelque part. Je pense qu’il y a là une belle piste pour mieux comprendre notre relation au désir, qui a besoin de cet apparent oxymore qu’est l’écoute active de nos sensations.

J’oscille entre une vie qui ne force aucune destinée et celle qui agit dans l’urgence de vivre le plus pleinement possible, et je pense que le désir se situe quelque part entre les deux, qu’il nécessite à la fois une posture réceptive et le courage de la traversée. Trop de femmes se croient inéligibles au désir parce qu’elles ne se sentent plus désirées au sens large. Elles ne se sentent plus désirées non seulement physiquement, mais aussi socialement. On a beau désirer fort, la vie ne nous rendra plus la pareille comme avant, qu’on se dit, alors à quoi bon désirer ? Notre plus grande peur : que le désir fou auquel on enlève le capuchon ne soit pas « comblé ». La douleur sera immense, je le confirme, je ne prétendrai pas le contraire, mais l’élan du désir, lui, ouvre en nous un monde plus vaste que ce qu’on aurait pu imaginer, peu importe l’aboutissement. Il sera peut-être même plus vaste et fort que lorsque le désir est comblé, car qu’est-ce que le désir, sinon un éternel retour à soi-même? (O’Green 2023, p. 275)

Le désir semble toujours lié au manque, notamment dans la tradition psychanalytique. Mais j’ai l’impression que c’est une conception très limitée de ce que ça représente. Je ne suis pas le premier à le dire et je prendrai certainement le temps de faire une revue de littérature plus poussée sur le concept.

Référence

O’Green, Pattie. 2023. Les prophéties de la montagne. Éditions Marchand de Feuilles.


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