Le temps des fêtes me fait un peu toujours penser à Final Fantasy VI (Square, 1994). Il y a peut-être un peu du fait qu’on débute le jeu dans un décor enneigé à Narshe. Mais c’est surtout que le jeu était un peu une obsession ou un jeu culte pour nous quand on allait chez mes grand-parents maternels.

Ma cousine en avait une copie qu’elle apportait parfois au jour de l’an, ou du moins je me souviens qu’on en parlait à peu près toujours — les deux autres familles, nous y jouions principalement en l’empruntant au club vidéo. La première fois, on était restés pris au mont Koltz, qu’on trouvait très difficile à force de se faire empoisonner, et on était restés pris contre Vargas, sans savoir comment fonctionnaient les blitz (les instructions étaient dans le manuel, qui ne venaient pas avec la location).
Le wiki en donne une solution qui soit est complètement fausse, soit nous a échappé parce qu’on ne comprenait pas l’anglais:
If this is the player’s first time playing the game, and does not know the Blitz combination, Sabin will eventually tell the player how to perform it (Final Fantasy Wiki).
On pouvait jouer dans les saves des autres personnes qui l’avaient loué avant nous, ce qui nous avait fait découvrir le train fantôme — et on trouvait mystérieux que les personnages soient presque tous différents — et la grotte des Espers, où on n’appelait Setzer « la sorcière ». J’ai vu un de mes amis avoir un Sabin de niveau 99, sur sa copie authentique, qu’il avait montré de niveau dans la forêt des dinosaures du monde de Ruins. On avait essayé avec ma mère et mon frère d’en racheter une copie usagée via des échanges, pour finalement comprendre sa haute valeur sur le marché.
C’est le premier jeu auquel j’ai joué en émulation (et celui pour lequel tout mon intérêt pour l’émulation allait). J’ai quasi harcelé mon ami de m’envoyer sa copie émulée par modem, avec un logiciel qui devrait être inclut avec Windows 95 qui permettait l’envoi de fichiers et un clavardage en direct (je pense que c’était HyperTerminal) – – c’était déjà beaucoup pour moi en 1998-1999.
L’émulation était assez mauvaise sur mon 133 MHz, le son était plutôt déficient (le bruit du vent à Narshe sonnait plutôt comme un sifflement) et la transparence ne marchait pas toujours. Mais c’était le meilleur jeu de tous les temps et c’était la manière la plus raisonnable d’en avoir l’expérience. Chaque ordi que j’ai eu l’émulait un peu mieux.

J’ai appris à la dure la mort de Shadow. Comment savoir qu’il fallait l’attendre sur le continent flottant avant de sauter? J’ai compris qu’il ne reviendrait pas quand j’ai constaté, dans le monde des ruines, que les magasins qui indiquent qui peut équiper quoi ne l’affichaient plus, alors qu’ils affichaient même les personnages que je n’avais pas encore retrouvé. Ce passage irréversible d’un univers à un autre, accompagné de la mort d’un personnage si on prend une décision qui semble évidente sans trop y réfléchir, est véritablement un tour de force narratif.

En famille, on créait ce qu’on appelait des « jeux vidéo sur papier », ce qui semble un peu ironique. En gros, c’était un peu comme Donjons & Dragons, mais on « limitait » les actions à ce qu’un RPG sur console permettait pour éviter des dérapages. Une fois qu’on a découvert RPG Maker 2000, on a commencé à créer avec FF6 en tête: mon cousin voulait en faire une suite amateure. J’ai repris certains des sprites du jeu pour un scénario de Civilization II et éventuellement pour mon propre RPG, avec RPG Maker 95+ (le 2000 ne roulait pas sur mon ordi!).
J’en ai trouvé une version pour Super Famicom lors de mon passage au Japon en mars dernier.

Joyeux Noël, joyeux temps des fêtes, rempli de souvenirs et de nostalgie, mais pas trop.

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