Blogue de Simon Dor, professeur en études vidéoludiques et médiatiques

Ice Hockey et l’affordance des personnages

Ice Hockey (Nintendo & Pax Softnica, 1988) est un jeu auquel j’ai joué beaucoup quand j’étais jeune, chez mes grands-parents à Drummondville. C’est une version un peu différente du hockey sur glace de la LNH, puisqu’on joue en quatre contre quatre, en choisissant un pays — le Canada étant étrangement représenté en vert.

On a donc une équipe de joueurs de quatre. Il y a trois types de personnages qu’on peut choisir qui sont extrêmement stéréotypés: on choisit entre un mince, un moyen et un gros, en pouvant avoir autant de joueurs de chaque type. Ce que j’ai nommé ailleurs une « identité ludique » (Dor 2015, p. 81) apparaît clairement ici: les rôles de chacun des personnages types dans le cadre du jeu sont ressentis dans leur manière d’être joués.

Chacun de ces types a une certaine affordance, c’est-à-dire que le personnage mince, c’est un personnage qui va très vite, mais qui tombe dès qu’on l’accroche, alors qu’au contraire, le gros est très bâti et dès qu’il touche à un autre, c’est lui qui reste debout. L’affordance, c’est la perception des possibilités d’action qu’un objet ou une chose induit de lui-même ou d’elle-même (Norman 2013, p. 11). Une poignée de porte, en général, n’a pas besoin d’un signe pour indiquer qu’on peut l’ouvrir: elle est elle-même le signe qu’on peut l’ouvrir.

En termes de mécaniques de jeu, Ice Hockey reste très simple voire simpliste par rapport aux possibilités d’action. Mais c’est un bel exemple de la manière dont on peut exprimer visuellement les possibilités d’action de chacun des personnages.

Références

  • Dor, Simon. 2015. « Identité(s) du joueur et du personnage. Au-delà de l’analyse mimétique des jeux vidéo ». Dans Identité et multiplicité en ligne, édité par Charles Perraton et Maude Bonenfant. Presses de l’Université du Québec.
  • Norman, Donald A. 2013. The design of everyday things. Revised and Expanded edition. Basic Books.

Commentaires

3 réponses à “Ice Hockey et l’affordance des personnages”

  1. Avatar de Dominic Arsenault

    Pas si clair que ça si tu veux mon avis, pour deux raisons. 1: dans mon cercle, on ne disait pas « un mince, un moyen et un gros », on disait « un grand maigre, un petit et un gros ». 2: quelle est la qualité du petit (moyen)? Ce n’est pas seulement une question de qui plaque qui (gros > petit > grand maigre). Il y a le paramètre vitesse de déplacement (grand maigre > petit > gros). Y a-t-il un troisième paramètre qui permettrait au petit d’avoir le dessus (petit > gros > grand maigre, ou petit > gros = grand maigre)? Peut-on l’identifier juste avec sa représentation graphique?

  2. Avatar de Simon Dor

    Tu es picky, mais c’est bien vrai, tout n’est pas si clair! L’affordance n’implique pas qu’on sache tout des possibilités d’action, mais que l’apparence ou la forme en vienne à signifier quelque chose. La rapidité est assez rapidement évoquée par le grand maigre. La force brute, par le baraqué. Après, même s’il avait 90% ou 75% de chances de gagner contre un moyen ou un petit, ce n’est pas nécessaire de le savoir pour que l’affordance soit suffisante. Comme de savoir que l’eau est forte contre le feu dans Pokémon. Peu importe de combien, peu importe si en ayant un niveau assez élevé un Charmander peut battre un Squirtle. Tant que du sens de communique.

  3. Avatar de Dominic

    Je voulais dire par là qu’il y a une fonction spécifique au personnage petit: ses tirs au but sont plus rapides / puissants que les autres. Et justement là-dessus, aucune indication qui le laisse supposer. Il aurait pu avoir un plus gros bâton ou quelque chose, mais non!

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