Je me souviens qu’une des choses que j’ai le plus apprécié quand j’ai commencé Crusader Kings II, c’était le détachement qu’on avait vis-à-vis notre nation. Au lieu d’incarner une nation unifiée et indivisible, nous incarnons un personnage médiéval, noble, qui possède des titres et, conséquemment, peut mobiliser des troupes, lever des impôts, etc. Nous contrôlons nos unités très précisément parce que nous incarnons, non pas une personne, mais le pouvoir qu’elle possède. C’est pourquoi j’ai été moins frappé par Europa Universalis en commençant à y jouer.
Je me souviens que je trouvais étrange, dans Civilization II, qu’on entraîne soi-même une révolution pour changer le type de gouvernement. On peut faire un peu la même chose dans Europa Universalis, même si le processus est un peu plus complexe. C’est ce que fait Arumba dans ce playthrough d’EU4.
Europa Universalis V (Paradox Development Studio, 2025) a devancé la date de départ du jeu: au lieu de débuter en 1444, une décennie avant la prise de Constantinople, on débute en 1337, soit au début de la Guerre de Cent Ans. J’ai commencé à jouer alors que j’étais en train de terminer ma lecture des Rois maudits de Maurice Druon, alors, j’avais en quelque sorte le momentum de rejouer dans l’histoire dans laquelle je venais de me plonger. L’écriture de Druon met de l’avant la « nation française » de manière peu subtile, parfois même exagérément, alors que j’ai l’impression que le peuple français n’associait pas nécessairement un prétendant au trône comme étant plus français que les autres. Ça me semble une relecture nationaliste du passé, mais je n’ai pas l’expertise pour en juger avec certitude.

Je pense qu’il y a dans le plaisir de jouer à Europa Universalis un plaisir de la complexité qui nous fait explorer différents chemins jusqu’à leurs cul-de-sacs. On pourrait l’illustrer par un arbre où il y a différentes branches qu’on suit jusqu’à arriver à une fin d’embranchement, pour revenir au tronc puis explorer une autre branche.
Il y a certainement le plaisir de « peinturer » la carte de sa couleur, c’est vrai, même si ça reste simpliste. Le fait d’avoir des niveaux de contrôle différents de chaque territoire, de gérer le pouvoir des différents ordres sociaux (nobles, bourgeois, clergé, peuple, etc.) ou de transitionner progressivement d’une armée composée de levées à une armée professionnelle vient jouer pour beaucoup sur le plaisir de la complexité.
Il y a quelque chose de frustrant et de satisfaisant en tant que Florence puis la Toscane à se faire briser son alliance par les états pontificaux et se faire déclarer la guerre malgré la trêve qui s’ensuit (probablement dû à un événement lié aux guerres italiennes, je n’en suis pas trop sûr). Le plaisir de la complexité est aussi lié à l’incompréhension des facteurs qui ont mené à une situation de jeu, tout en pouvant être suffisamment en confiance que cette situation a bel et bien été déclenchée par des règles du jeu logiques.
J’y retrouve un équilibre intéressant entre la complexité économique de Victoria 3 (Paradox Development Studio, 2022)qui m’a un peu déçu et la gestion de royaume et de territoires de Crusader Kings III (2020). Ça semble vouloir être mon jeu du temps des fêtes.

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