J’ai un tic d’écriture important qui me vient certainement de ma conception des émotions mais aussi de ma formation en cinéma et en scénarisation.
En gros, quand on scénarise un film, il faut s’en tenir à ce qu’on voit et on entend. On ne peut pas écrire quelque chose qui ne sera pas vu ou entendu à l’écran, puisque le scénario ne sera pas dans les mains de la personne qui va voir le film. Si un personnage « pense » quelque chose ou pose une action « parce qu’il a remarqué quelque chose », on ne peut le savoir. Il faut que ce soit supposé, ou encore qu’on trouve un moyen de l’exprimer (une image, une voix off, etc.).
Cette manière d’écrire est très littérale. Elle oublie que, derrière des cas précis, derrière des exemples, il y a des motivations, des principes ou des émotions qui peuvent être énoncées.
J’ai tendance à écrire en oubliant de spécifier les principes derrière mes exemples; je vois ce tic dans les travaux que je corrige aussi. Je vais lire tout un paragraphe qui donne deux ou trois dilemmes moraux qu’on affronte dans Frostpunk (11 bit studios, 2018), sans en venir à l’idée principale, soit par exemple: « Frostpunk nous met dans une situation où on doit faire face à des dilemmes moraux, ce qui en fait un jeu éthiquement intéressant. »
Je pense que ces principes ou ces idées derrière les exemples sont la même chose que l’expression d’une émotion dans la vraie vie. Je peux dire à quelqu’un « Ouf, je viens de vivre x et y. » Mais j’ai tendance à ne pas ajouter « Je me sens de telle manière. » Comme si j’espérais qu’on fasse le lien, qu’on suive le même fil d’émotion que moi. Telle situation est anxiogène; si je te dis que je suis dans telle situation, tu devrais comprendre que je suis anxieux. Eh bien non, il n’existe certainement pas de situation intrinsèquement anxiogène. Je perçois cette situation comme anxiogène, parce que je ressens de l’anxiété à la vivre.
Et, sans le dire, sans le clarifier, comment puis-je espérer que ce fil d’émotion soit suivi?
| Image tirée de Steam. |


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