Blogue universitaire de Simon Dor, professeur en études vidéoludiques et médiatiques à l'UQAT Montréal

Le désir et la machine chez Tolkien

Je viens de lire l’essai Tolkien contre les machines de Sébastien Fontenelle, très simple mais qui touche à de nombreux enjeux représentés dans l’univers de la Terre du Milieu. L’idée principale du livre est que la droite a tendance à récupérer Tolkien pour lui faire dire bien des choses, alors qu’il y a une volonté antifasciste et écologiste claire dans son œuvre et dans ses (peu nombreuses) prises de position publiques. Il ne cache pas que Tolkien est un catholique conservateur du début du XXe siècle, avec une vision du monde qui reste assez campée à droite.

J’aime bien la nuance du livre, même si je le trouve un peu trop clément envers le racisme parfois explicite de l’œuvre (Tolkien statue que certaines races sont supérieures à d’autres, en nommant des humains “supérieurs” à d’autres humains comme des hobbits “supérieurs” à d’autres), le fait que les différentes sociétés doivent coopérer contre la montée de l’impérialisme reste une observation intéressante probablement en décalage avec bien des œuvres de son époque.

Fontenelle note aussi que Tolkien voit une certaine sobriété associée aux hobbits comme un remède contre la volonté de pouvoir (2025, p. 70).

Si vous avez, pour ainsi dire, fait “vœu de pauvreté”, renoncé au contrôle, et si vous tirez votre plaisir des choses en elles-mêmes sans prendre en compte votre propre personne, à regarder observer et dans une certaine mesure connaître, alors la question précise du pouvoir et du contrôle pourrait ne plus avoir aucun sens du tout à vos yeux, et les moyens du pouvoir ne plus avoir aucune valeur (2025, p. 69).

Il cite aussi Tolkien pour montrer que la montée de la machine est un problème en ce qui a trait au pouvoir et au désir de manière plus large:

“contrairement à l’art qui se contente de créer en pensée un nouveau monde secondaire”, la machine “essaie de concrétiser le désir, pour ainsi générer du pouvoir en ce Monde […]” (p. 85).

Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, il insiste pour dire que la victoire n’est pas tant celle des Alliés que celle des machines (p. 87). Autrement dit, malgré la victoire contre le fascisme, la machine a démontré son omniprésence et son statut d’incontournable dans la société.

Référence

Fontenelle, Sébastien. 2025. Tolkien contre les machines: écologie et antifascisme en Terre du Milieu. Lux éditeur.


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