Blogue de Simon Dor, professeur en études vidéoludiques et médiatiques

Qu’est-ce qu’une vie bonne? de Judith Butler

Qu’est-ce qu’une vie bonne? de Judith Butler est un très court livre issu d’une présentation qu’elle a faite lors de sa réception du prix Adorno. Elle y pose une question éthique extrêmement importante et assez complexe à répondre qu’elle hérite, justement, du philosophe qui donne son nom au prix qu’elle reçoit.

L’idée principale du livre, c’est de dire que le jugement éthique qu’on porte sur des actions dépend du contexte dans lequel cette action est prise et de sa complexité. Un monde où tout est en interrelation complexifie la responsabilité individuelle de nos actions morales, dans un sens comme dans l’autre.

Ainsi, Butler se questionne sur la manière dont

les opérations plus larges du pouvoir et de la domination pénètrent ou plutôt envahissent les réflexions que nous pouvons formuler de manière individuelle sur la meilleure manière de vivre” (p. 50).

Concrètement, elle se demande si tenter de faire du bien autour de soi ne serait pas une question qui aurait une mesure variable selon notre position sociale ou selon le pouvoir qu’on peut avoir sur notre vie. Ainsi, une personne qui lutte pour sa survie dans un contexte de guerre ou qui cherche refuge dans un pays étranger ne peut être aussi moralement responsable de certaines de ses actions qu’une personne qui a le luxe de choisir entre différents produits de consommation à un supermarché.

Plusieurs questions éthiques sont des questions qu’on ne peut que se poser dans une position de privilège:

Comment peut-on se demander qu’elle est la meilleure vie à mener quand on sent qu’on a aucun pouvoir pour diriger sa vie, quand on n’est pas sûr d’être en vie, quand on se bat pour éprouver la sensation qu’on est en vie et, qu’en même temps, on a peur de cette sensation et qu’on a peur aussi de vivre de cette manière? (p. 62)

Au fond, les questions morales ne sont jamais entièrement individuelles, elles dépendent d’une société et d’une culture qui les contextualisent, qui les positionnent, qui leur donnent un sens.

Butler le synthétise ainsi:

[…] aucune créature humaine ne survit ni ne subsiste sans la dépendance d’un environnement qui lui assure une assistance, des formes sociales de relations, des formes économiques qui supposent et structurent l’interdépendance (p. 76).

Elle ajoute d’ailleurs que cette dépendance peut mener à une vulnérabilité qui peut nous menacer, mais qu’elle reste nécessaire dans tout contexte social.


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