Le Journal de Montréal a sorti un dossier qui révélait que plusieurs artistes ont de la difficulté à vivre de leur art, incluant de nombreux artistes connus — Stéphanie Boulay en est une des exemples dans le dossier, une artiste que j’apprécie particulièrement. Je pense que c’est une grande perte collective que de laisser des artistes aussi inspirantes et compétentes ne pas pouvoir vivre de leur art.
C’est la chronique de Sophie Durocher que je trouve déconnectée de la réalité du milieu et des industries culturelles. Elle a d’abord une vision de l’art entièrement centrée sur le marché:
Plusieurs artistes québécois semblent avoir oublié que l’art répond à la loi du marché : l’offre et la demande. Si ton offre artistique rejoint une demande du public, tu fais des sous. Sinon, tu en arraches.
C’est une vision qui peut se défendre, mais il serait faux de penser qu’elle est basée sur la réalité. Au Québec, la culture a toujours été financée. Et ça vaut pour le Journal de Montréal lui-même, dont le propriétaire lançait un “cri du cœur” pour que les règles du marché lui soient favorables.
Mais sa métaphore pour étayer sa vision du monde est pour le moins étonnante, comparant les artistes ayant moins de résultats à des cigales là où les artistes qui ont des revenus seraient des fourmis.
Quand je lis dans le dossier du Journal que des artistes voudraient un revenu de base ou une cotisation spéciale, je me dis qu’on demande aux Fourmis (qui ont bien géré leur argent ou qui ont eu des carrières prolifiques) de payer pour les Cigales (qui ont eu moins de succès ou qui ont moins bien géré leur succès).
La critique que je fais à cette vision s’étend jusqu’à un certain point à la fable de La Fontaine elle-même: quiconque a déjà joué à SimAnt (Maxis, 1991) sait que les fourmis sont très loin d’avoir une société capitaliste, puisque chaque fourmi qui travaille rapporte ses résultats à la colonie elle-même. Le modèle des fourmis est au contraire celui d’une société bien davantage communiste qui valorise le travail comme le stakhanovisme de l’URSS.

Peut-être aussi que les métaphores ont leurs limites. Mais je trouve fascinant cette manière qu’on a de se construire une imaginaire autour d’une figure même si elle n’y correspond pas du tout.




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