Emilie Nicolas touche à un point particulièrement important pour mieux comprendre le mouvement incel, en rappelant que ce n’est pas simplement une question de relations amoureuses et de solitude masculine, mais plutôt une question de contrôle et de pouvoir. Elle s’adresse à une personne qui questionnerait sa propre solitude et son incapacité à créer des relations avec des femmes:
J’aimerais qu’on se parle de ta solitude et de ton besoin d’amour. Au fond, si tu dois retenir une chose, c’est ceci. Soit tu peux aimer une femme, soit tu peux essayer de la contrôler. Mais l’intimité émotionnelle, la vraie, demande une vulnérabilité incompatible avec le pouvoir. Des générations d’hommes contrôlants ont « eu » des femmes — légalement, avec l’appui des institutions de leur société — sans jamais combler la solitude profonde qui les gangrène.
Elle rappelle que les relations émotionnelles que les hommes cherchent permettent souvent d’être comblées par des femmes, parce que les femmes développent dans le contexte patriarcal la capacité à faire le travail émotionnelle et la charge mentale du foyer, ce que les hommes négligent et ne voient à peu près pas.
Elle souligne, à juste titre, comment les hommes perçoivent toujours les femmes comme des possessions vis-à-vis desquels les hommes peuvent se comparer. Les hommes se félicitent de la beauté de leurs femmes, s’excusent à un autre homme d’avoir tenté de draguer leur femme, etc.
Dans les micro-interactions anodines du quotidien comme dans l’organisation de la société, les femmes continuent d’être perçues comme des acquisitions qui permettent aux hommes de s’octroyer de la valeur entre eux.
Le point de départ de son texte, c’est que l’histoire humaine a construit l’autre comme une possession, dont les personnes afro-descendantes vivent encore les conséquences. L’objectification est ici littérale, un humain étant une possession d’un autre. Dans les relations interpersonnelles, cette objectification peut être plus subtile.
Objectifier une femme, ce n’est pas nécessairement la voir littéralement comme un objet, mais ça peut être lui renier la possibilité d’être sujet de ses propres actions. Le sujet d’une action implique d’avoir une certaine agentivité, de prendre ses propres décisions et de ne pas qu’être la conséquence des actions des autres. L’objet, au contraire, est la personne qui subit, qui est présentée sous une forme passive, qui répond aux actions des autres comme un PNJ qui ne choisit pas ses dialogues mais répond aux choix du personnage-joueur.
Les femmes étant sujettes de leurs propres actions, elles ne doivent une action à personne d’autre qu’à elles-mêmes.



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