Revue CiNéMAS, vol. 17, no 2-3.Je viens de lire la présentation de la dernière édition de la revue d’études cinématographiques CiNéMAS, rédigée par Roger Odin. Sa mise en contexte m’a particulièrement intéressé, car je constate que ce qu’il voit dans le milieu universitaire est assez semblable à ce que j’ai pu constaté, notamment ce que j’avais amorcé dès les débuts de ce blog sur le texte didactique versus l’essai.

La mode est à l’éloge du « je ne sais quoi », un « je ne sais quoi » qui fait, paraît-il, « le charme de l’université ». (2007: 9)

Cette idée de « je ne sais quoi » est souvent ce qui fait que les gens s’accrochent à un film plutôt qu’un autre. Or, il y a un problème lorsqu’on vient à vouloir transmettre ce « je ne sais quoi ».

L’on me pardonnera par ailleurs la longue citation, mais la pertinence vis-à-vis de ce qui me semble essentiel m’empêche de couper davantage.

On voit bien ce qui se profile derrière ce « je ne sais quoi »: enseigner le cinéma, c’est former le goût des étudiants. Former le goût: on reconnaît, là, la « mission » que se donnent certains critiques de cinéma, les meilleurs… […] Mais l’université n’est pas la critique. Que le critique cherche à faire partager son goût, pourquoi pas? Mais enseigner le goût à l’université? […] On peut accepter que l’enseignant universitaire se place au-dessus de l’étudiant en termes de compétences, mais en termes de goût, de quel droit le ferait-il? Cela ne veut pas dire que les questions de goût doivent être absentes de l’enseignement à l’université, mais il s’agit alors de tenter de conduire l’étudiant à s’interroger sur la façon dont se produisent, se forment et se transmettent les (divers) jugements de goût. En bref, ce sont des questions qu’il faut enseigner, pas des jugements.

Tout ceci est fort éloquent quant à une manière d’introduire à définir les études cinématographiques et la théorie du cinéma versus d’autres discours sur le cinéma. Il fera très certainement partie de mon éventuelle section sur l’introduction aux études cinématographiques.

Référence: Roger Odin, « Présentation », CiNéMAS. Revue d’études cinématographiques, « La théorie du cinéma. Enfin en crise », vol.17, nos 2-3, p.9-32.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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2 commentaires

  1. Le cliché voulant que les goûts ne se discutent pas est faux quant à moi, ça se discute et ça se questionne aussi, de façon civilisée.
    Exemple de question:
    « D’où tiens-tu ce goût pour les films d’horreur? »

    On peut suggérer les nôtres, mais certainement pas les imposer et c’est ce qu’un bon nombre de critiques ou cinéphiles font consciemment ou non, malheureusement. Mais les meilleurs « forment », effectivement.

    L’enseignant universitaire n’a tout simplement pas le droit de se placer au-dessus de ses étudiants en termes de goût, et certains mélangent transmission d’un savoir avec transmission de goût, soit par émotivité mal gérée, incompétence, manque de discernement, ou tout cela à la fois.

    En bout de ligne, il appartient à l’étudiant de trier le bon grain de l’ivraie du bagage qu’on lui donne, que ce soit l’université ou la vie elle-même, car ce sont deux choses bien différentes dans leur enseignement, et singulièrement unique à chaque individu dans sa perception.

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