Avoir du plaisir à jouer sans avoir du désir de jouer

À discuter avec deux de mes collègues sur la notion de désir et pourquoi j’avais choisi de m’intéresser spécifiquement à ce terme, un de mes collègues m’a demandé pourquoi ne pas m’intéresser simplement au plaisir de jouer.

Il m’a posé la question toute simple: je comprends pourquoi on peut désirer un jeu avant d’y jouer — avec le marketing, la bande-annonce, etc. –, mais y a-t-il des cas où on joue à un jeu auquel on a du plaisir sans avoir (eu) du désir de jouer?

Je trouve que c’est une excellente question.

Elle fait écho aux travaux d’Emily Nagoski. Dans Jouir encore. L’Art de cultiver un lien sexuel durable, elle explique que la sexualité est souvent axée sur le désir davantage que le plaisir. Nagoski souligne à quel point la culture dans laquelle nous sommes insiste sur le fait qu’on doive éprouver du désir, alors que dans les faits, ce qui crée une intimité plus forte n’est pas le désir mais le plaisir partagé.

En jeu vidéo, bien sûr, il ne s’agit pas de sexualité. (Du moins, pas souvent. Il y a bien des exceptions sur lesquelles je reviendrai.)

Comment faire la distinction entre désir de jouer et plaisir de jouer de manière analogue? Le désir est bâti sur le regard vers le futur, sur le temps, sur quelque chose qu’on n’a pas immédiatement, sur une attente, dans au moins deux sens du terme: on attend, parce que le temps passe avant que quelque chose se produise, et on a des attentes, parce qu’on s’attend à ce que quelque chose de spécifique se produise. J’aime les jeux de stratégie parce que je m’attends à une manière de jouer particulière qui, normalement, se produit dans (certains de) ces jeux-là, mais il arrive souvent que mes attentes ne soient pas comblées. Rejouer à un même jeu ne produit pas toujours le même effet.

À l’inverse, le plaisir est bâti sur le moment présent. Je joue une fois de temps en temps à Mario Kart 8 Deluxe avec mes enfants et j’ai toujours du plaisir. Est-ce que je désire jouer à ce jeu? Non, à peu près jamais. Mais je sais que j’aurai du plaisir et c’est sans doute sain que je sache prendre plaisir à jouer sans le relier au désir de jouer. Cultiver le plaisir de jouer sans le relier constamment à quelque chose qu’on n’a pas ou qui nous manque, ça vient chercher autre chose de complémentaire.

On pourrait même construire un triumvirat en y ajoutant l’amour, qui lui serait construit sur un regard rétrospectif sur le passé?


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