Je profite du fait qu’Hugo parle de la question d’une séquence extra-diégétique pour introduire une idée que j’ai en tête depuis un certain temps. C’est une question qui me trotte depuis le début de mon baccalauréat, mais que je n’ai jamais pu affronter réellement, faute d’arguments. Même si j’aime bien en parler, je suis très réticent au concept même de diégèse. J’expliquerai ici comment il me semble que ce concept est créé par une opération qu’il crée lui-même, en amenant le « paradoxe » de la séquence extra-diégétique. J’espère par contre que vos commentaires pourront modérer mes conclusions.
Qu’est-ce que le diégétique?
Le diégétique est en quelque sorte tout ce que la fiction elle-même crée; tout ce qui est supposé par le film lui-même en tant qu’il crée un univers, un « microcosme » qui présuppose des lois auxquelles nous n’avons pas directement accès mais que nous supposons par l’expérience que nous avons avec la fiction à laquelle le film nous donne accès. Autrement dit, il y a des événements qui se déroulent, nous les étiquetons comme diégétiques car ils nous sont présentés par le film, puis nous supposons que d’autres événements existent ou auraient pu exister suivant les éléments présentés par le film.
Comment en sortir?
Ce qui définit le diégétique est en quelque sorte l’expérience du film, la fiction qu’il crée. L’extra-diégétique du film, quant à lui, est ce qui est présent dans le film, mais qui ne fait pas partie de la fiction créée par le film. À moins qu’il y ait une possibilité formelle de faire la distinction entre fiction et non-fiction au cinéma, il y a là en quelque sorte une double définition: le film vient définir la diégèse, puisqu’elle est constituée tout ce qu’il crée; dès lors, comment concevoir qu’il y ait du filmique qui ne soit pas à la fois du diégétique? Comment peut-il y avoir quelque chose qui soit à la fois présent dans le film et à la fois qui soit absent de quelque chose qui, par définition, est tout ce qui est définit par ce que le film crée?
Des présuppositions de ce qui détermine la diégèse
Puisqu’on dit souvent que le cinéma est avant tout un art visuel (affirmation avec laquelle je ne suis pas d’accord par ailleurs), on pourrait établir un critère comme quoi la diégèse est par défaut créée par l’image: par exemple, une voix pourrait être extra-diégétique, si par exemple un narrateur qu’on ne voit jamais nous racontait l’histoire. Ou encore, on pourrait dire que la voix ne fait pas office de diégétique, en disant que, si l’histoire ne fait jamais de lien avec le narrateur, ou l’inverse (Ex: « Je vais vous raconter l’histoire de mon fils. » serait le caractère d’un narrateur intra-diégétique). Mais, le fait qu’il n’y ait pas d’allusion au rapport entre le narrateur et l’histoire n’implique pas qu’il n’y aurait pas pu en avoir, si, hypothétiquement, le film s’était prolongé.
Reste que toute cette question fait plutôt partie du domaine de la convention; je ne vois pas, à proprement parler, de manière de concevoir quelque chose qui soit extérieur à l’univers créé par le film et qui soit dans le film.
Ce qui m’amène à une conclusion qui paraphrase le personnage de The Matrix (Wachowskis, 1999): « La [diégèse] n’existe pas. »
Image [réajoutée le 3 février 2014] tirée de http://www.fakesteve.net/2010/06/there-is-no-spoon.html.

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