Ogre Battle sur l’émulateur : un deuxième type de lecture

Je rejoue depuis quelques semaines à un tactical-RPG de SNES qui m’a été introduit par un de mes amis au secondaire, Ogre Battle. Ce jeu, contrairement à d’autres, a une particularité intéressante, c’est que l’histoire – relativement simple à la base – se forge au fur et à mesure de notre expérience de jeu, les rencontres se passant différemment en fonction de nos actions passées. Un peu à la manière de Fallout 2 (tel que l’expliquait Vincent Chouzenoux dans son mémoire de maîtrise), nos actions et celles de nos adversaires modifient le positionnement éthique de nos personnages (leur « alignement » dans un terme commun aux RPGs) et notre réputation, souvent d’une manière assez imprévisible, bien qu’on finisse par en comprendre les mécanismes assez rapidement. Passer au travers du jeu – au sens de « traverser tous les niveaux » – n’est pas trop difficile. Ogre Battle (SNES) - Écran principalPar contre, tenter de contrôler les mécanismes qui font en sorte que notre réputation reste élevée est extrêmement difficile, car il s’agit pour nous de volontairement mettre de côté une bonne partie de sa force de frappe.

Ce que je veux explorer aujourd’hui, c’est la différence entre la réception du jeu par le biais de l’émulateur versus sur une console. Un émulateur est simplement un programme qui permet de jouer à des jeux d’une console sur un ordinateur. Bien que je n’ai jamais eu la version originale en cassette du jeu, je suis à même de comprendre quelles sont les fonctions que mon émulateur (ZSnes) est en mesure de me fournir qui n’étaient pas présentes dans la version originale du jeu.

La sauvegarde, une difficulté de moins

Le jeu fonctionne par « tableaux » (l’emploi du terme « niveaux » donnerait une linéarité qu’il n’a pas nécessairement), c’est-à-dire qu’il y a des zones délimitées de jeux où nos personnages peuvent interagir. Nous avons un point de départ, l’ennemi aussi, et nous devons par la suite tenter de prendre d’assaut le point de départ de l’ennemi sans qu’il ne prenne le nôtre. Plusieurs villes sont éparpillées dans cette zone de jeu, il faut en capturer le plus possible pour augmenter nos revenus. Chaque capture nous donne la possibilité de piger une carte, laquelle affectera positivement ou négativement notre aventure. Entre chacun des tableaux, il y a possibilité de sauvegarder notre performance pour la reprendre plus tard. Cependant, la plupart des émulateurs nous offrent la possibilité de sauvegarder notre partie littéralement « n’importe quand ». La difficulté en est énormément réduite: toute action qui affecte notre jeu peut être annulée, si on a sauvegardé immédiatement avant. Ainsi, avant de piger une carte, un joueur futé pourra sauvegarder pour voir quelle carte il pigerait, et ainsi décider s’il pigera ou non. Ogre Battle (SNES) - MapC’est « tricher », bien sûr, dans la mesure où l’on considère que les règles du jeu sont maîtresses de notre expérience. Mais, dans une autre mesure, ce peut être simplement un choix additionnel à considérer, un « type de lecture/jeu » qu’on peut prendre ou non. Serais-je resté accroc si j’avais dû recommencer le tableau au départ à chaque fois que j’étais insatisfait du résultat « éthique » de mes actions? Tant et aussi longtemps que je ne vienne pas me vanter que je suis meilleur que quelqu’un qui ne le fait pas, mon action me semble acceptable.

L’accélération: éliminer une lourde contrainte

Autre point: l’émulateur permet d’accélérer le jeu. Un simple bouton maintenu enfoncé, et le jeu s’accélère jusqu’à ce qu’on le lâche. Ogre Battle est très lent à jouer, et, en combat, on ne contrôle pas nos personnages. Ainsi, il devient lourd de les voir combattre, sans ne rien pouvoir faire, durant de longs laps de temps. Le bouton d’accélération devient un atout pour le joueur, bouton devenu quasi-essentiel pour tolérer le jeu. Dans ce cas-ci, oui, les règles du jeu sont altérées, allant à l’encontre de ce qu’avait conçu le designer, mais blâmerait-on le joueur? Regarder un film en accéléré est une insulte du spectateur envers l’auteur. Il semble par contre que le joueur est maître de son expérience de jeu, ayant toujours le choix de jouer ou non. Et, plutôt que de se dire: « Ogre Battle aurait été un si bon jeu si ce n’était de sa lenteur », on peut apprécier une expérience ludique différente de l’originale mais probablement tout aussi légitime.

3 réponses sur “Ogre Battle sur l’émulateur : un deuxième type de lecture”

  1. Excellent jeu. Je suis un fan fini des vieux jeux de Enix (et de Squaresoft bien évidemment). Je crois que je vais recommencer une partie !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *